Gros avant petits
L'internet haute vitesse dans des municipalités non-desservies ou peu desservies sera-t-il pour demain?
S'il faut en croire les quatre coopératives de télécommunications fondées l'an dernier, les retards commencent à être de plus en plus inquiétants.
Le président de SolCom Piopolis, M André St-Marseille, a été clair sur le sujet: « Nous avons rempli toutes nos demandes dans les délais qu'on nous avait fixés. Dans le cas de deux coopératives, Québec a répondu dans l'affirmative mais fixait comme condition que le fédéral participe. Il faut savoir que pour que des régions rurales profitent d'internet haute vitesse, Québec a alloué 25 millions et Ottawa, 225 millions. Juste au fédéral, les demandes totalisent plus de 800 millions. Il faut donc faire des choix. Prenant pour acquis que le provincial, le Conseil régional des Élus, la MRC et le PActe rural nous appuient, nous nous demandons sincèrement ce qui se passe avec le fédéral qui remet toujours sa décision depuis plusieurs mois. »
Est-ce que les gros joueurs de l'industrie des communications pourraient avoir quelque chose dans ce dossier. Pour M Wilbrod Dionne, président de la Coop de développement et de télécommunication de Stratford, on peut certainement se poser la question: « Dans nos régions rurales, avant que les gouvernements acceptent d'investir une partie des sommes, les grosses compagnies nous laissaient toujours comme raison que ce n'était pas rentable par rapport aux investissements en infrastructures. Soudain, alors qu'il y a de l'argent du gouvernement, ils sont tous intéressés à nous offrir internet haute vitesse. On peut se poser la question, n'est-ce pas? »
M Michel Poulin, secrétaire de la Coop de câblodistribution Bellarmin est allé plus loin: « Est-ce qu'on est au-dessus ou en-dessous de la pile? Moi, je dirais au-dessus et on les gêne pas mal. Nos coopératives ont provoqué, à trois reprises, des changements dans les normes pour obtenir des subventions. Nous nous sommes battus pour être reconnus mais il faut avouer que le lobby des grosses compagnies est puissant. Ce que nous voulons, c'est offrir un service de qualité à un prix décent tout en gardant les profits dans nos communautés. Ces retards du fédéral privent notre population d'un service considéré de nos jours comme essentiel. Internet est un outil de développement social et économique incontournable pour notre région. »
Quant à M Jacques Bureau, président de la Coop de solidarité des Appalaches, il n'a pas été tendre envers le CRTC: « On en a peu parlé dans les médias, mais c'est quelque chose qui nous coûtera cher, la location des poteaux de Bell. Dernièrement, le CRTC a permis à Bell de hausser son tarif de 1,12$ par poteau à 5$. C'est du 500% d'augmentation, ça n'a aucun sens. Et pour en ajouter, ils nous disent qu'ils ont peut-être pris la mauvaise décision et qu'on pourrait peut-être, je dis bien peut-être, revenir dessus. »
Les semaines passent et la décision d'Ottawa d'investir dans ce projet de lien haute vitesse, qui recevrait aux environs de 5 millions de dollars au total, tarde toujours. Des membres des conseil d'administration et des membres commencent à s'impatienter sérieusement et demandent au gouvernement de faire connaître ses intentions dans les plus brefs délais.


